lundi 26 novembre 2018

notre argumentaire sur le Sentier du Laurier (2)


(suite du bilan (biodiversité) 
Concernant les espèces végétales, nous constatons aussi, sur le Sentier, une flore et des arbres typiques de zones humides : notamment des sureaux noirs, très appréciés des oiseaux, notamment, mais aussi des aubépines, des noisetiers, qui apprécient des sols riches, des églantiers, des ronces, mellifères également favorables à la survie des oiseaux.

Nous souscrivons donc à la réserve très forte formulée par l'Autorité environnementale sur le projet de PLU2 :
« La notion de trame verte et bleue est développée dans le projet mais n’est pas traduite
explicitement sur le territoire : l’approche est trop généale, puis ciblée sur quelques exemples. La
cartographie des continuités écologiques (livre II, partie 2 page 79) distingue les réservoirs de
biodiversité des zones humides et des prairies bocagères ; des corridors d’échelle locale seraient
à identifier sur l’ensemble le territoire et non pas de façon ponctuelle. Il faudrait faire le lien entre
les espèces présentes sur le territoire, leurs modes de déplacements et les continuités
écologiques. » (page 20),
et à sa recommandation :
« L’autorité environnementale recommande d’interdire toute artificialisation des sols dans les espaces tampons et espaces naturels relais. » (page 23),
d'autant qu'à la page 24 de son avis, elle publie pour sa démonstration, à titre d'exemple, la carte du zonage du Sentier du Laurier !

2.2. Qualité de l'air

Les abords du Sentier du Laurier sont limitrophes avec une voie autoroutière entraînant de nombreuses émissions de polluants, dans un secteur qui, comme la majorité de la Métropole, est en zone de vigilance pour des émissions polluantes supérieures aux recommandations de l'OMS.

Qualité de l'air mauvaise en zone urbaine, surtout près des axes autoroutiers


Or, il est bien connu que les arbres et les sols nus captent énormément de CO2.

Le Plan Climat adopté par la Métropole européenne de Lille, en 2013, demande d' «  éviter de supprimer des sols cultivés et des prairies, car ils/elles captent le CO2 et des polluants et filtrent l'eau. » (Plan climat, pages 99 et suivantes) .

Ce qui vaut pour les zones rurales de l'agglomération vaut aussi au sein des secteurs urbanisés, quand y subsistent encore des terrains cultivés. De ce point de vue aussi, le secteur du Sentier du Laurier constitue une « zone tampon » fort utile, voire nécessaire, au moment où à Lille, on dé-densifie et déconstruit des logements aux abords du périphérique.
L'absence d'urbanisation du Sentier du Laurier est donc aussi un enjeu de santé publique pour les habitants du secteur, c'est un potentiel « poumon vert » qui gagnerait d'ailleurs à être davantage boisé.

2.3. Gestion de l'eau

Comme le signale l'Autorité Environnementale dans son avis, il y a, sur ce secteur, « une multitude de zones à dominante humide », or le projet de PLU2 n'en tient pas compte. Les textes réglementaires sont pourtant clairs :
«  Dés lors qu’un document ou inventaire (Zones à dominante humides ZDH, inventaires des zones humides figurant dans les SAGE mais aussi inventaires ZNIEFF, cartographies d'habitats plus précises que l'inventaire des ZDH , cartographie Natura 2000, analyses locales de la topographie ,etc.), dont les services de l'État ont connaissances indique le caractère humide d’une zone,… elle sera considérée comme telle dans le cadre des procédures auxquelles le projet est soumis, et il reviendra au porteur de projet de démontrer, le cas échéant , qu’elle n’est pas humide en suivant la méthodologie proposée par l’arrêté du 24 juin 2008 modifié si la précision parcellaire est nécessaire ou par des méthodes qui en sont inspirées pour des échelles de travail plus petites (i.e supracommunale). » ( document « ÉVITER, RÉDUIRE, COMPENSER LES IMPACTS DES PROJETS EN ZONE HUMIDE », édité par la DREAL en 2013)

Porter atteinte à une zone humide, c'est, clairement, enfreindre l'article 2 de la loi no 92-3 du 3 janvier 1992 dite « loi sur l'eau ».

Au demeurant, en cas d'événements pluvieux, ces zones jouent un rôle d'éponge, alors que le secteur est déjà connu pour le risque « inondation ».

le champ du Sentier du Laurier en février 2018


Comme l'écrit très bien le PADD :

« Il s'agit également de préserver notamment les zones d'expansion de crue naturelles des cours d'eau ayant aussi des enjeux en matière paysager en y privilégiant le maintien des espaces agricoles et naturels.
Enfin, la préservation et la mise en place de haie ou d'éléments paysagers prévenant le risque de ruissellement rural est encouragé. »

Rappelons que le Sentier du Laurier se situa à l'un des points les plus bas du cours de la Marque.

Par ailleurs, le même PADD consacre un chapitre au risque inondation qui vaut son pesant d'or :

« SE PRÉMUNIR CONTRE LE RISQUE D'INONDATION

Dans un contexte de changements climatiques augurant une augmentation des phénomènes plu-vieux intenses, en intégrant un territoire historiquement façonné par la main de l'Homme et densé-ment urbanisé, la lutte et la prévention des phénomènes d'inondation apparaissent comme un impé-ratif.

Faire preuve d'excellence dans la gestion urbaine des eaux pluviales
L'imperméabilisation des sols engendre lors d'évènements pluvieux importants, un effet de ruissellement générant des inondations pénalisantes.
Dans le cadre d'une gestion préventive de ces phénomènes et dans un souci d'amélioration de la situation existante, la rétention des eaux pluviales à la parcelle est par principe préconisée.
Les projets sont soumis à l'étude obligatoire des solutions de gestion à la parcelle:
L'infiltration est privilégiée en premier lieu... »

Quelle contradiction manifeste entre les orientations générales du PADD, qui devrait constituer la « clef de voûte du PLU, et sa concrétisation dans le zonage !

Les terrains agricoles et boisés ont donc tout intérêt à rester non bâtis sur ce secteur, et d'anticiper ainsi de manière prudente sur les orientations du futur SAGE de la Marque.

2.4. Contribution à la préservation du climat

Le Plan Climat de territoire voté par la MEL en 2013 énonce des objectifs qui concernent directement le secteur du Sentier du Laurier :

- Inclus dans le périmètre su Schéma d'Aménagement et de Gestion de l'eau de la Marque, et situé à un point bas de son cours, il est notamment concerné par les préconisations sur la « Gestion des eaux pluviales contre les inondations », page 98 ( de nombreux objectifs concernent directement le secteur) ;
- Le Chapitre « Préserver les espaces naturels et cultivés , développer les boisements » (pages 99 à 103) de même.
On y lit notamment les objectifs suivants :


- Equilibrer les fonctions urbaines, agricoles, et naturelles en intégrant la « nature en ville » et la trame verte et bleue, y compris en milieu urbain, notamment pour atténuer les phénomènes d’îlot de chaleur urbain (voir p 62)
- Valoriser la trame verte et bleue pour l’attractivité du territoire, à destination de la population et pour le développement du tourisme
- Permettre aux maîtres d’ouvrages publics de mettre en oeuvre la Trame verte et bleue sur du foncier privé grâce à des outils contractuels
- Coopérer avec le monde agricole pour une meilleure prise en compte du monde rural dans sa dimension multifonctionnelle et afin de continuer à créer des emplois dans le secteur agricole.

Ces objectifs ne sont nullement incompatibles avec les objectifs de diminution de l'extension urbaine et de « ville intense », comme nous le développerons plus loin.

2.5. Une zone tampon de protection contre le bruit :

Dans son avis sur le PLU2 (pages 21-22) , le Préfet souligne que ce document d'urbanisme doit faire référence aux nuisances sonores des infrastructures de transport ( article R 123-14 du code de l'urbanisme) et il s'étonne que les documents du PLU ignorent l'arrêté préfectoral de classement sonore pour le Département du Nord en date du 21 février 2016 pour les voies routières .

Cet avis est illustré...par la carte du zonage du Sentier du Laurier (page 22) !

Notre association a effectué des relevés de bruit sur le secteur, à proximité de l'autoroute A22, et a constaté des émissions sonores très fréquemment supérieures à 60db et supérieurs à 80db en cas de pluie.

Les habitants d'immeubles actuellement prévus seraient forcément impactés par ces nuisances.

En revanche, l'existence d'un espace significatif avec les habitations actuelles limite l'impact du bruit, et on pourrait envisager de le limiter davantage encore par le renforcement du boisement du secteur le plus proche de l'autoroute .

2.6. La ligne à haute tension

Enfin, une ligne à haute tension traverse le champ d'environ 4,5 hectares que nous souhaiterions préserver. Si cette ligne à haute tension n'a jamais nui à l'activité agricole, elle nuirait sans aucun doute à la construction et à la vente de logements.

L'enterrer ne serait pas une mince affaire, compte tenu de la nature des terrains et aurait un coût sérieux. Qui paierait ce coût ? Même s'il était supporté par les promoteurs, ceux-ci l'intégreraient dans le prix de vente des logements, or le prix de l'immobilier sur Wasquehal est déjà élevé.

3. Et le besoin de logements ?

Le principal argument utilisé pour justifier l'OAP est le besoin de logements sur la Métropole. On ne peut balayer cet argument du revers de la main, mais :

3.1. La commune de Wasquehal est celle qui a connu le plus de nouvelles constructions de toutes les communes des Hauts de France dans la dernière décennie.

Il y a un peu moins d’un an, le périodique Population et Avenir publiaient un dossier consacré à la croissance urbaine. Wasquehal y décrochait le titre de seule ville des Hauts-de-France à figurer parmi les 91 communes urbaines en plus forte progression démographique en France. Entre 2006 et 2014, la population wasquehalienne a grimpé de 12,7 % selon l’Insee, passant de 18 936 à 21 343 habitants (+2 407).
Une évolution directement liée à l’augmentation rapide du nombre de logements sur la même période : ils sont passés de 7 823 à 9 187 (+1 364, soit +17,4 %), même si beaucoup sont le résultat de la précédente municipalité. Entre 2017 et 2021, pas loin de 1 000 logements (998 exactement selon notre décompte) seront sortis de terre.

Ce développement intense entraîne d'ailleurs des mouvements d'humeur de la population, en raison notamment de l'impact sur la circulation automobile en coeur de ville, d'autant que ses rues (dont la rue de Marcq, qui est au Nord de l'OAP) sont étroites.
À ce jour, d'ailleurs, aucune action concertée n'a été mise en place sur Wasquehal entre la MEL et la commune pour diminuer cette dépendance à la voiture individuelle, or près de 60 % des foyers wasquehaliens disposent de deux véhicules au moins.
Ce devrait être une priorité en termes d'urbanisme pour la ville.

3.2. S'il était nécessaire à terme de construire, dans la décennie, de nouveaux logements, par exemple pour satisfaire aux besoins en logements vraiment sociaux, d'autres opportunités s'offrent pour la ville :
- sur les zones constructibles, le renouvellement, notamment utilisant les possibilités ouvertes par la loi ALUR.
Il est étonnant que la municipalité semble s'y opposer par principe : «  On a des contentieux avec des promoteurs, on a voté une délibération (qui n’a pas de valeur légale, Ndlr) pour interdire la destruction des maisons au profit d’immeubles. » (extrait de Nord-Eclair du 05/11/2018).
On peut certes faire valoir des prescriptions diverses au sein même du PLU, par exemple dans le cadre de l'Inventaire du Patrimoine Architectural et Paysager, et notre association y a contribué localement. Mais pourquoi s'opposer par principe à ce renouvellement, d'un côté, et de l'autre, promouvoir un projet nocif à l'environnement que nous estimons illégal

- sur certaines friches industrielles, sous réserve qu'elles soient dépolluées.

Maisons murées rue Pasteur


La ville dispose de marges de manœuvre, et d'ailleurs de nouveaux projets sont dans les cartons (Zone des 3 suisses…)

3.3. Revaloriser le patrimoine ancien

La ville de Wasquehal a un patrimoine ancien de plus de 6000 logements datant d'avant les réglementations thermiques.
Si une petite partie est en mauvais état, et peut faire l'objet d'actions en renouvellement urbain, beaucoup de logements, et en particulier les logements issus de la loi Loucheur, mériteraient de bénéficier d'opérations programmées d'amélioration de l'habitat. Ces maisons peuvent intéresser de nombreuses familles cherchant une première acquisition et ne disposant pas des ressources nécessaires pour acheter du logement neuf, au vu des prix pratiqués dans le secteur.

3.4. L'Avenue de Flandre et les axes de transport en commun

L'autre argument sérieux avancé en faveur du projet d'OAP est sa proximité de l'Avenue de Flandre, axe de transports doté du tramway.

D'une part, nous rappelons que le tramway circule aussi Avenue de la Marne, où subsistent sur plusieurs hectares des zones pavillonnaires classées ex- UD b (Zone Urbaine de faible densité), actuellement UGB6 . Or, le Préfet, dans son avis, évoque le déplafonnement des droits à construire près des transports en commun….

D'autre part, nous ne sommes pas opposés par principe à la construction à l'emplacement de la friche « Pages jaunes », rue des Frères Gonthier . Nous trouverions cependant plus judicieux que cet emplacement reste à vocation économique, pour prendre en compte les nuisances sonores de la voie rapide (en fonction de l'arrêté préfectoral de février 2016) .

En revanche, nous nous étonnons que l'opération immobilière prévue au 41 avenue de Flandre ne soit pas dédiée à la construction de logements.

3.5. La rue de Marcq

Déjà présente dans des cadastres du XIXe siècle, cette ancienne voie départementale est très étroite, ce qui rend difficile actuellement la circulation automobile. Par surcroît, des entreprises dotées de camion y sont implantées.

De plus, cette voie a récemment subi des inondations.

Or l'OAP « Sentier du Laurier », que nous souhaitons annuler, s'étend de l'Avenue de Flandre à la rue de Marcq. Avant toute nouvelle implantation de logements, il nous semble nécessaire d'avoir aussi une étude et des réflexions globales sur les déplacements et l'aménagement dans ce quartier dit des « Boers », pour la qualité de vie de ses riverains.

Il nous semble aussi nécessaire, si, après résolution de ces difficultés de déplacements, quelques constructions étaient envisagées en zone actuellement constructible, de veiller à rechercher le coefficient de biotope par surface le plus élevé possible, en veillant particulièrement à l'infiltration à la parcelle, par exemple via des toitures terrasses végétalisées, pour éviter l'engorgement des égouts en cas de fortes pluies.

Enfin, le secteur de l'ancienne exploitation horticole actuellement en friche, tout proche d'une zone à dominante humide, pourrait avoir un aménagement paysager.

jeudi 22 novembre 2018

Enquête publique PLU : notre argumentaire(1)


1. Historique :

Le Sentier du Laurier et ses abords sont l'un des seuls secteurs très peu construits rappelant la tradition horticole et agricole de Wasquehal jusqu'aux années 1960.

Ce secteur a fait l'objet en 2004, à l'initiative de l'ancienne municipalité, d'un zonage « AUDM »(zone à urbaniser différée) , avant les lois citées dans la présentation.

La Métropole Européenne de Lille a dû prendre en compte ces lois dans le Projet d'Aménagement et de Développement Durable, mais a les a malheureusement ignorées dans son zonage, dans nombre de secteurs, dont celui évoqué.

Pic vert observé sur le Sentier du Laurier


2. Intérêt écologique de la zone : une zone tampon très utile à préserver

2.1. Biodiversité :

Le Projet d'Aménagement et de Développement Durable adopté par la MEL fin 2017 écrit :

« PRÉSERVER ET RECONQUÉRIR LA TRAME VERTE ET BLEUE
Le territoire de la MEL présente une faible proportion d’espaces « purement » naturels (4% de la superficie du territoire, soit environ 2400 ha) et leur qualité et fonctions écologiques ont tendance à se dégrader. Peu d’entre eux sont aujourd’hui règlementairement protégés. Pourtant, le potentiel d’espaces d’intérêt écologique du territoire s’élève à 6000 ha (principalement le long des grands cours d’eau et dans les zones agricoles aux pratiques plus ou moins extensives, mais également en milieu urbain).
Il convient d’identifier les différents espaces et milieux et d’adapter les ambitions à leur niveau d’enjeu écologique. Les plus fragiles sont sanctuarisés tandis que les moins sensibles sont mis en valeur par des usages compatibles avec leur dimension naturelle. La nature est ainsi intégrée au modèle de développement du territoire comme un facteur essentiel du bien vivre dans la métropole. Il s’attache également à mettre en réseau ces espaces afin d’amplifier leur rôle écologique et à diminuer les impacts du développement urbain sur le milieu naturel. »

Notre association a identifié...les abords du Sentier du Laurier comme un de ces secteurs entrant manifestement dans le cadre de la « Trame verte et bleue » !

Le projet d'OAP 67 sur l'urbanisation du Sentier fait référence à cette notion, mais semble y voir avant tout un simple label de qualité paysagère. C'est , bien plus, « une démarche qui vise à maintenir et à reconstituer un réseau d’échanges pour que les espèces animales et végétales puissent, comme l’homme, circuler, s’alimenter, se reproduire, se reposer… et assurer ainsi leur cycle de vie. La trame verte et bleue porte l’ambition d’inscrire la préservation de la biodiversité dans les décisions d’aménagement du territoire, contribuant à l’amélioration du cadre de vie et à l’attractivité résidentielle et touristique » (Ministère de la transition Écologique et Solidaire).

De plus, la loi Biodiversité inscrit dans le droit le principe de non régression selon lequel la protection de l’environnement dans les textes et décisions publiques (quelle que soit l'autorité concernée) ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante. 


La destruction du patrimoine naturel du Sentier du Laurier et de ses zones humides serait donc selon nous une infraction constituée à la loi ...et contradictoire non seulement avec les orientations du PADD, mais aussi avec le PLAN DE DEVELOPPEMENT DES ESPACES NATURELS METROPOLITAINS (adopté en 2008), évoqué également dans le Plan Climat de 2013 :
« Diagnostiquer, préserver, aménager et valoriser les sites qui possèdent une qualité écologique et paysagère remarquable et prioriser la fonction écologique de ces sites »

Or, avant de réaliser le zonage et l'examen du projet d'Orientation, d'Aménagement et de Programmation (OAP) , il semble qu'aucune étude sérieuse n'a été faite par les services instructeurs du PLU2 sur l'intérêt écologique de la zone, dans un secteur déjà fort urbanisé et manquant de grands espaces verts ou naturels.

L'Autorité environnementale, dans son avis, fait état de plusieurs zones à dominante humide sur le secteur, et rappelle la nécessité d'éviter de construire, ou, à défaut, de réduire les constructions, ou, au pire, de proposer des compensations.
Notre association a pu commencer, en lien avec le Groupe Ornithologique du Nord, l'évaluation de la faune locale, constatant un nombre conséquent d'oiseaux nicheurs : merles, étourneaux, troglodytes, pies, pigeons ramiers,  rouges gorges, mésanges bleues ou charbonnières fauvettes à tête noire, mais aussi des oiseaux moins connus comme l'accenteur moucheté , le pouillot 
véloce, le roitelet huppé...et la bien connue, mais espèce exogène, perruche  à collier.
Un riverain nous a par ailleurs signalé la présence permanente de pics verts (et nous supposons 
la présence de pics épeiche) , ainsi que de faucons crécerelles et de chouettes, ce que les paysages 
permettent d'envisager.


Les riverains ont observé des chauves souris et des hérissons, toutes espèces 
protégées. Des résidents proches du Sentier évoquent aussi la présence de petits 
amphibiens assez rares sans avoir pu les identifier clairement : 
tritons, salamandres ? C'est à vérifier.
Nous demandons la réalisation rapide, sur financement de la MEL, d'une évaluation plus complète de l'intérêt écologique de cette zone par un organisme qualifié. Nos moyens et ceux du GON ne nous permettent pas, en particulier, de réaliser un recensement précis des espèces de chauves-souris : pourquoi ne pas faire appel à la Coordination Mammologique du Nord ?
Le mitage et la réduction de cette zone par de nombreuses constructions, qui plus est sans prise en compte d'un coefficient de biotope par surface le plus élevé possible, serait désastreux pour ces espèces.

mardi 20 novembre 2018

Notre argumentaire sur le Sentier du Laurier



"Où pourra-t-on construire du logement, implanter de l’activité économique, développer de l’agriculture ?
Généralement connu car il régit les règles liées aux permis de construire, le Plan Local d’Urbanisme (PLU) constitue avant tout le projet de développement du territoire métropolitain pour les dix prochaines années. Où pourra-t-on construire du logement, implanter de l’activité économique, développer de l’agriculture, des espaces de loisir et de respiration, quels déplacements demain, comment protéger nos ressources naturelles ? La MEL, à travers son PLU, œuvre pour dessiner au mieux la métropole de demain."
Toutes vos observations seront consignées dans le registre de l’enquête publique et traitées par une commission d’enquête indépendante chargée d’analyser le projet PLU2. A l’issue de l’enquête publique, la commission d’enquête rendra son avis au Conseil métropolitain sur le projet PLU2.
OÙ CONSULTER LE PROJET PLU2 ?
L’intégralité du projet est consultable :
- Au service Urbanisme de la Mairie

Un commissaire enquêteur recevra le public les 28 novembre et 7 janvier au service Urbanisme de la Mairie entre 14h et 17h.

Voici le résumé de notre argumentaire (il fait 8 pages) sur les abords du Sentier du Laurier : 

Contestation du projet de zonage des abords du Sentier du Laurier

et du projet d'Orientations d'Aménagement et de Programmation n° 67


L'association Wasquehal en Transition, association d'intérêt général, conteste le

 projet de zonage en AUDM et AUCM des abords du Sentier du Laurier 

(Wasquehal partie sud), ainsi que le projet d'OAP – à l'exception des terrains déjà 
constructibles sur l'Avenue de Flandre et la rue de Marcq - pour les raisons 

suivantes, déjà évoquées en grande partie, dans les avis du Préfet et de l'Autorité

 environnementale  :

- ces projets, d'initiative privée, méconnaissent l'intérêt écologique de ce secteur,

 pour lequel les pouvoirs publics n'ont pas réalisé d'étude antérieure,

- ils portent atteinte à l'intérêt général en tenant très insuffisamment compte des

 lois sur l'eau, sur l'air, sur le bruit, sur la biodiversité et des incidences locales

 des accords de Paris sur le climat,

- ils sont contradictoires avec les orientations du Plan Climat de la MEL adopté en

 2013 (L’article L131-4 du Code de l'Urbanisme fait obligation de le prendre en 

compte) et du Projet d'Aménagement et de Développement durable (PADD) 

adopté le 15 décembre 2017 censé pourtant constituer la « clef de voûte » du 

PLU, notamment concernant les trames vertes et bleues,

- ils n'anticipent pas de manière prudente la réalisation du Schéma 

d'Aménagement et de Gestion des eaux de la Marque, en cours de réalisation,

- ils ne peuvent aucunement se réclamer de l'intérêt général à construire des

 logements, en raison du nombre de logements construits à Wasquehal dans la

 précédente décennie, et en raison des autres opportunités de construction et de

 réhabilitation envisageables , si nécessaire, près des axes de transport .

Nous demandons :
- le rétablissement en Zone Agricole du champ d'environ 4,5 hectares, pour 

lequel un projet d'agriculture urbaine peut être envisagé, en référence à l'Article

 R 123.7 du code de l'urbanisme : «Peuvent être classés en zone agricole les 

secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel 

agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. »

- et, en raison de son intérêt écologique, que le secteur encore prévu en AUDM
 soit considéré comme une zone tampon ou zone naturelle relais, incluse dans 
la zone verte et bleue de la Marque, et en tout cas protégée de nouvelles
 constructions, dans la mesure où le Sentier est déjà légèrement construit.

Nous reviendrons sur le détail de notre argumentaire dans une prochaine édition.


mardi 16 octobre 2018

Quelques informations à propos de la révision du PLU

Ce mardi soir en Mairie, comme hier au Capreau, nous sommes conviés à une réunion sur la révision du Plan Local d'Urbanisme.

Cette révision était rendue nécessaire suite à de nouvelles lois, dont la loi "Biodiversité", de nouvelles préoccupations comme le changement climatique.
Nous nous réunissons au moment où nos concitoyens de l'Aude sont dramatiquement touchés par des inondations, mais à Wasquehal même, nous ne sommes pas à l'abri, ainsi que nous l'ont montré les inondations du printemps dernier.

Le Plan Local d'Urbanisme doit prendre en compte ces lois, ces préoccupations, c'est pour cela qu'un Projet d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) , a été adopté en décembre 2017 pour les prendre en compte .

Ce "PADD" se traduit-il à Wasquehal dans les fait, notamment dans le zonage et le règlement  du PLU ?

Jugeons sur pièce à partir du texte du PADD :


Extraits du Projet d'Aménagement et de Développement Durable adopté le 15 décembre 2017 :

"►Atténuer le changement climatique

Le développement de boisement sur le territoire est ... favorisé afin de concourir à la régulation thermique, la captation du carbone, l'apport de fraicheur...et in fine à l'atténuation du changement climatique.
De même, les mesures prises pour préserver la trame verte et bleue, développer la nature en ville ou encore pour accompagner le projet agricole et alimentaire dans le cadre d’une agriculture durable participent à une adaptation progressive au changement climatique.


Lutter contre le phénomène d’îlots de chaleur
Afin d’anticiper une plus grande fréquence des canicules et d’assurer la régulation thermique dans les secteurs les plus artificialisés du territoire, le développement de la nature en ville et de la végétalisation doit être incité, en particulier dans les zones les plus denses et les plus minérales du territoire métropolitain et notamment dans les ilots de chaleur urbains.
Le recours notamment, au végétal et à l’eau dans les projets d’aménagement, doivent être favorisés en définissant les caractéristiques qui contribuent à limiter la création de nouveaux îlots de chaleur. "

Ilots de chaleur urbains de Wasquehal en rouge



Trouvez-vous que, sur Wasquehal, le nouveau projet de PLU contribue à atténuer le changement climatique?  


ASSURER LE MAINTIEN ET LE RENFORCEMENT DES FONCTIONNALITÉS DES ZONES HUMIDES LOCALES
Les zones humides sont des milieux aux fonctionnalités naturelles remarquables pour le bon fonc-tionnement du cycle de l'eau. La pression urbaine historique a contribué à leur déclin au fil du temps. Parfois des solutions couteuses doivent être mise en oeuvre pour compenser artificiellement certaines de leurs fonctionnalités perdues (ex : bassins d'orage pour réguler le ruissellement) ou ne sont pas compensables au titre de la richesse de la biodiversité qu'elles accueillent.
Aussi pour contribuer à endiguer ces phénomènes, les zones humides avérées sont protégées de toute destruction ou atteinte à leur bonne fonctionnalité.
Des précautions doivent être observées sur les zones potentiellement humides dites « zones à do-minante humide ». 

Les zones à dominante humide sont indiquées zdh (zone du Sentier du Laurier)
 
SE PRÉMUNIR CONTRE LE RISQUE D'INONDATION

Dans un contexte de changements climatiques augurant une augmentation des phénomènes plu-vieux intenses, en intégrant un territoire historiquement façonné par la main de l'Homme et densé-ment urbanisé, la lutte et la prévention des phénomènes d'inondation apparaissent comme un impé-ratif.

Faire preuve d'excellence dans la gestion urbaine des eaux pluviales
L'imperméabilisation des sols engendre lors d'évènements pluvieux importants, un effet de ruisselle-ment générant des inondations pénalisantes.
Dans le cadre d'une gestion préventive de ces phénomènes et dans un souci d'amélioration de la situation existante, la rétention des eaux pluviales à la parcelle est par principe préconisée.
Les projets sont soumis à l'étude obligatoire des solutions de gestion à la parcelle:
L'infiltration est privilégiée en premier lieu;
Dans certains secteurs et après démonstration de l'impossibilité d'infiltrer ou qu'une part ne peut être infiltrée, le rejet direct au milieu récepteur est recherché, à débit prescrit par le gestionnaire ou à défaut à 2l/s/ha (débit de fuite de référence pour l'écoulement naturel des eaux) ;
Et en dernier ressort, le rejet au réseau d'assainissement, à débit limité.

Adapter l'urbanisation aux secteurs à risque inondation
Les inondations connues sur le territoire de la MEL sont générées par des phénomènes éventuelle-ment cumulatifs de :
- Débordement de cours d'eau ;
- De ruissellement d'origine urbaine ou d'origine rurale.

Afin de limiter l'exposition des personnes et les biens aux inondations, l'urbanisation des zones doit tenir compte des aléas définis dans le cadre des plans de prévention des risques.
Il s'agit également de préserver notamment les zones d'expansion de crue naturelles des cours d'eau ayant aussi des enjeux en matière paysager en y privilégiant le maintien des espaces agricoles et naturels.
Enfin, la préservation et la mise en place de haie ou d'éléments paysagers prévenant le risque de ruissellement rural est encouragé.

PRÉSERVER ET RECONQUÉRIR LA TRAME VERTE ET BLEUE
Le territoire de la MEL présente une faible proportion d’espaces « purement » naturels (4% de la superficie du territoire, soit environ 2400 ha) et leur qualité et fonctions écologiques ont tendance à se dégrader. Peu d’entre eux sont aujourd’hui règlementairement protégés. Pourtant, le potentiel d’espaces d’intérêt écologique du territoire s’élève à 6000 ha (principalement le long des grands cours d’eau et dans les zones agricoles aux pratiques plus ou moins extensives, mais également en milieu urbain).
Il convient d’identifier les différents espaces et milieux et d’adapter les ambitions à leur niveau d’enjeu écologique. Les plus fragiles sont sanctuarisés tandis que les moins sensibles sont mis en valeur par des usages compatibles avec leur dimension naturelle. La nature est ainsi intégrée au modèle de développement du territoire comme un facteur essentiel du bien vivre dans la métropole. Il s’attache également à mettre en réseau ces espaces afin d’amplifier leur rôle écologique et à diminuer les impacts du développement urbain sur le milieu naturel. 

Trame verte et bleue de la Marque

 
SANCTUARISER LES RÉSERVOIRS DE BIODIVERSITÉ

Les réservoirs de biodiversité existants sont préservés en mettant en oeuvre des mesures de protec-tion réglementaires visant à interdire les constructions, ouvrages et travaux, qui ne sont pas en lien avec les objectifs de préservation et de valorisation écologique de ces espaces.
Par ailleurs, pour renforcer la présence d’une biodiversité riche sur le territoire et pallier les carences en espaces naturels, des réservoirs de biodiversité doivent être reconquis afin d’étendre leur péri-mètre et leur nombre pour assurer ainsi les conditions de vie et de circulation préalables au maintien des espèces sur le territoire. 


 
DÉVELOPPER LES ZONES TAMPONS

Les zones tampons accompagnent ces réservoirs dans le but d’y renforcer la biodiversité. La qualité des zones tampons peut être amenée à se développer, étendant ainsi l’emprise des espaces à forte valeur écologique.
Une emprise suffisante à ces espaces est maintenue. Les constructions y sont limitées dans le but de préserver leurs fonctionnalités écologiques (cycle de vie, habitat). 
 
PRÉSERVER LES ESPACES NATURELS RELAIS

Les espaces naturels relais sont des périmètres d’accueil de biodiversité complémentaires aux réservoirs mais avec un potentiel plus faible. Ils participent au maintien des fonctionnalités écologiques du territoire et constituent des espaces majeurs de la biodiversité.
Les espaces naturels relais sont préservés en y limitant les constructions et en permettant la mise en oeuvre d’actions de restauration et de valorisation visant à améliorer la qualité et la fonctionnalité écologique de ces espaces.

FAVORISER LA CONSERVATION, LA RESTAURATION ET LA CRÉATION DES CORRIDORS ÉCOLOGIQUES

La connectivité entre les réservoirs de biodiversité est essentielle à leur bon fonctionnement, leur stabilité et leur résilience, en ce qu’elle assure les conditions nécessaires de circulation des diffé-rentes espèces faunistiques et floristiques. Le territoire métropolitain est fragmenté par une forte den-sité urbaine et d’infrastructures, ce qui fragilise le fonctionnement des continuités écologiques, aug-mente leur vulnérabilité et modifie les systèmes écologiques.
Pour préserver et rétablir ces continuités, le rôle des corridors écologiques est essentiel.
Il convient, suivant les cas, de chercher à préserver, développer ou recréer leur fonctionnalité écolo-gique.
Les projets et installations de nature à renforcer les fonctionnements écologiques d’un corridor dans une logique de gestion conservatoire sont ainsi à privilégier.
En cas de rupture du corridor écologique, des mesures de réduction des impacts et de compensation sont recherchées. La constitution d’itinéraires alternatifs pérennes pour réduire les atteintes aux mi-lieux et assurer la continuité entre les réservoirs peut être envisagée.
De façon générale, la reconquête de la biodiversité doit également motiver les différents projets d’aménagement que ce soit en milieu rural ou urbain (végétalisation des toitures, parkings végétali-sés…).


PRÉSERVER LES MILIEUX HUMIDES EN FONCTION DE LEUR INTÉRÊT ÉCOLOGIQUE
Les zones humides possèdent des caractéristiques propices au développement d’écosystèmes riches. Elles peuvent constituer un habitat naturel pour des espèces de grand intérêt qu’il convient de protéger. Considérant leur vulnérabilité face aux pressions anthropiques et leur participation à l’équilibre écologique, les zones humides identifiées pour leur haute valeur environnementale sont protégées de toute destruction ou atteinte à leur bonne fonctionnalité.
Des précautions doivent être observées sur les zones potentiellement humides.


PROTÉGER ET DÉVELOPPER LES BOISEMENTS
Avec 4% d’espaces boisés, la métropole est le territoire le moins pourvu en espaces boisés à l’échelle du département. Aussi, la protection et le développement des boisements doit être inscrit afin de conforter la richesse de biodiversité de ces milieux et leur rôle dans l’équilibre écologique. La tendance au déboisement est limitée par la protection des boisements existants et la création de nouveaux. 

Pour sa part,l'autorité environnementale, consultée sur le PLU, écrit notamment, à propos du Sentier du Laurier : 


"En l’absence de recherche d’autre solution, et a minima de compensations,  
l’ouverture  à l’urbanisation de ces secteurs n’est pas souhaitable."
 
Avis de l'autorité environnementale sur le PLU
 
 
Et vous, qu'en pensez-vous?  

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NDLR : Les scientifiques de l’université de Lancaster ont mesuré la quantité d’air pollué autour de certaines maisons de la ville en utilisant la persistance magnétique. De la même manière ils ont étudié l’air autour de 30 jeunes bouleaux situés devant quatre des maisons. Le tout a été surveillé pendant 13 jours. Les maisons avec les arbres avaient un taux de particules métalliques 52 à 65 % plus faibles que les autres. D’une manière générale, par analyse de tous les chiffres il en résulte que la présence des arbres réduit de 50 % les PM1, PM2.5 et PM10.

vendredi 28 septembre 2018

Le groupe scolaire du centre et l'Art Déco à Wasquehal





Groupe Lefebvre-Malfait . Crédit photo : B. DE VEYLDER


crédit photo :

Dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine, notre association a organisé deux visites autour du groupe scolaire du Centre et de l'Art déco à Wasquehal.

Crédits photo : Ministère de la Culture


Le groupe scolaire du centre, aujourd'hui baptisé "Lefebvre-Malfait", fait l'objet d'une demande de protection au titre du patrimoine à l'initiative de notre association, en raison de ses qualités architecturales, ainsi que des matériaux utilisés, pour la plupart conservés en bon état, et de ses alignements de tilleuls.



Historique 

Suite au développement de son industrie (Filatures du Nord, produits chimiques Saint Gobain…), la commune de Wasquehal connaît, entre 1900 et les années 30 du vingtième siècle un doublement de sa population (1901 : 5969, 1936 : 12167, source INSEE).

Grâce à la loi Loucheur, de nombreuses habitations se construisent, notamment à l'ouest du village initial, sur des terres agricoles et sur une briqueterie. C'est ainsi que se développent la cité Saint Gobain, la cité HBM des Chalets, les rues de la Poste – actuellement rue Charles Preux-, Nungesser, Delerue, le quartier du Sart, commun avec l'ancienne commune de Flers-lez-Lille…


Il faut, pour cette nouvelle population, des équipements publics répondant à leurs besoins. Les écoles publiques du centre, école de garçons rue Jean Macé et école de filles au Noir Bonnet, sont à la fois vétustes et trop petites.

Le Conseil Municipal envisage donc de construire une nouvelle école, plus adaptée aux besoins de l'époque, sur de vastes terrains encore non bâtis. La décision est prise dès 1929. Des plans sont réalisés par l'architecte wasquehalien Henry Montaigne dès le 29 septembre 1930.

La proximité avec le stade municipal, construit sur les plans du même architecte et aujourd'hui détruit, hélas, est justifiée pour favoriser le développement physique des enfants.

C'est sans compter sur la résistance des propriétaires fonciers qui refusent de vendre ces terres agricoles. La mairie doit se résoudre à les exproprier, non sans chicane à propos du prix de cette expropriation .
Le Conseil Général et le Ministère rechignent à apporter leur contribution. Le maire de l'époque, dans un courrier de 1933 au Ministre de l'Instruction Publique, évoque pour justifier l'urgence de ces financements la nécessité de faire la classe aux élèves « dans des locaux de fortune, salles de café et pièces d'habitations »...

C'est seulement en 1936 que les travaux sont réalisés en vue de la rentrée d'octobre 1936 , après notification des financements par l'État et le département.

Sous l'impulsion du maire Henri Destailleur, républicain de gauche, c'est en fait un véritable nouveau centre-ville qui s'édifie autour de cette école publique , car le choix est fait de faire précéder cette école d'un jardin public sur lequel sera déplacé le monument aux morts édifié en 1923.

Le groupe scolaire et le parc public s'étendent sur plus d'un hectare et demi (17936 m²) .

Le groupe scolaire est, quant à lui, composé à l'origine d'une école maternelle, une école de garçons avec six classes, une école de filles avec six classes. L'école dispose de trois grandes cours arborées et d'un restaurant scolaire. Le chauffage central y est installé. De part et d'autre de l'école, deux logements de fonction de bonne proportion sont installés. Il faut, dès 1937, construire deux nouvelles classes pour les garçons, en créant un étage, ce que l'architecte avait d'ailleurs anticipé dans son projet initial.

Les conceptions hygiénistes de l'époque sont à l'oeuvre .
Les locaux conçus sont spacieux (63m2 au sol), hauts de plafond (4m), disposant de couloirs larges (4m), décorés de carreaux de faïences aux motifs géométriques.
Il s'agit de fournir au moins 6 m³ d'espace par élève sur la base réglementaire à l'époque d'un maximum de 40 élèves. Les éclairages naturels sont abondants.

La mise en valeur de l'ensemble, par le jardin public qui le précède, et par l'installation du monument aux morts de la commune, manifeste, dans le contexte de l'époque, sans aucun doute, de la part de la municipalité, une volonté de suprématie de l'école publique laïque et républicaine, en concurrence avec l' école Saint Edmond qui lui fait face, rue Delerue, inaugurée le 14 octobre 1928 par l'évêque auxiliaire de Lille, Monseigneur Jansoone dans ce quartier en plein développement. Il est du moins heureux que cette émulation se soit concrétisée par la réalisation d'un très beau bâtiment public, qui mérite d'être sauvegardé dans le respect de sa conception initiale.

L'inauguration de l'école publique a donné lieu le 13 juin 1936 à des festivités importantes, coïncidant avec le 75e anniversaire de la Fanfare-Harmonie municipale, en présence de représentants de l'État et du Conseil Général.

L'école a, après la guerre, pris le nom de Pierre Lefebvre, ancien élève de l'école, résistant tombé au cours de l'engagement contre les troupes allemandes en fuite, non loin, au quartier du Haut Vinage, le 3 septembre 1944.

Éléments sommaires sur l'architecture

Quel bâtiment privé devenu célèbre évoque le style de ce bâtiment public ? L'immeuble Mallet-Stevens de Croix.
L'architecte Henry Montaigne, a choisi de construire ce groupe scolaire en s'inspirant fortement du style art déco, en vogue à l'époque, en béton paré d'un revêtement de briques de parement rouges. (cf photo) La façade du groupe est agrémentée d'un portique, ainsi (est-ce à la demande de la municipalité?) d'une tour au sommet de laquelle se trouve une horloge à quatre cadrans.
Les carrelages constituent des motifs géométriques : W de Wasquehal ou cocottes en papier.


Cet élément fait penser à au moins un autre groupe scolaire de même époque : le groupe scolaire Louis Pasteur de Lyon et d'autres bâtiments art -déco .



L'ensemble est élégant, atypique dans l'agglomération, et mis en valeur par le jardin public qui le précède.

Qu'est-ce que l'Art déco ? (voir la fiche Wikipedia)

L'Art déco est un mouvement artistique né au cours des années 1910 et qui a pris son plein épanouissement au cours des années 1920 avant de décliner à partir des années 1930. C'est le premier mouvement architecture-décoration de nature mondiale.
Le style Art déco tire son nom de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris en 1925, et dont l'architecte Mallet-Stevens est une référence française.
« Art déco » est l'abréviation de « Arts décoratifs », et concerne l'architecture, plus spécialement l'architecture intérieure avec ses tapisseries, vitraux, peintures et sculptures ornementales, son ébénisterie, l'emploi de la céramique, de l'orfèvrerie. Le design qui débute sur les grandes séries d'équipement de l'habitat et des bureaux peut y être associé, ainsi que la mode vestimentaire et la typographie des signalisations et des réclames affichées et les enseignes.
Le style Art déco prend son essor avant la Première Guerre mondiale contre les volutes et formes organiques de l'Art nouveau. Il consiste en un retour à la rigueur classique : symétrie, ordres classiques (souvent très stylisés), pierre de taille (sans aucun effet pittoresque). Le décor, en général encore très présent, n'a plus la liberté des années 1900 ; il est sévèrement encadré par ses créateurs et son dessin s'inspire de la géométrisation cubiste.
Ordre, couleur et géométrie : l'essentiel du vocabulaire Art déco est posé.







Identifions les éléments « art-déco » du groupe scolaire :
- les formes géométriques,
- les portes du groupe scolaire,
- les dessins des carrelages (photos), qui, à l'école maternelle, prennent la forme, dans les couloirs, sols et murs, de cocottes en papier, et, à l'école primaire du W de Wasquehal .
- les accès par escalier rue de la Poste (rue Charles Preux) et rue des Chalets…



D'autres bâtiments Art Déco et/ou construits par Henry Montaigne :







crédit photos :B.DE VEYLDER
Prenons la rue Delerue, qui ne précède que de quelques années l'école, pour aller vers l'Avenue de Flandre, le « Grand Boulevard » inauguré, lui, en 1909.
La maison du Maire Destailleur :
La maison (signée par Henry Montaigne) de Madame Liagre :


La maison de Monsieur Delcambre, à côté :


Avenue de la Liberté :

n°23 : maison de Madame et Monsieur Chevalier (anciennement M. Decocq): c'est une très belle maiso avec des intérieurs somptueusement réalisés, et en parfait état.









Avenue de la Victoire :
Maison de Monsieur Lefebvre (1936), réalisée pour un lillois, sans doute passionné de golf. Le Golf du Sart a en effet été créé en 1910, et a été remanié pour avoir 18 trous en 1935, sur les terrains du Comte de Waziers.


B. DE VEYLDER

Sources : archives municipales et départementales, « Une histoire de Wasquehal » d'Émile Vignoble, Wikipedia.
Crédits photo : tous les crédits photo sont de l'auteur, sauf l'affiche du ministère de la Culture